Aujourd’hui, beaucoup d’entre vous se définissent comme hypersensibles. Le mot est partout. Il apporte parfois un soulagement parce qu’il donne enfin une explication à quelque chose que vous ressentez depuis longtemps : pourquoi certaines paroles vous touchent profondément, pourquoi certaines relations prennent autant de place dans votre vie ou pourquoi certains comportements qui semblent anodins pour d’autres peuvent avoir un impact considérable sur vous.

L’hypersensibilité en amour
En amour, si certaines paroles vous touchent profondément, si certaines relations prennent autant de place dans votre vie ou que certains comportements qui semblent anodins pour d’autres ont un impact considérable sur vous, si vous avez parfois le sentiment de vivre vos relations avec une intensité presque épuisante, si vous remarquez immédiatement lorsqu’un message est plus court que d’habitude, si une voix semble légèrement différente au téléphone, si une présence vous paraît moins chaleureuse que la veille, ou qu’un regard semble moins investi, vous êtes hypersensible.
Vous vous dites d’ailleurs :« Je suis comme ça. Je ressens tout trop fort. » Et parfois une autre phrase apparaît, plus douloureuse encore : « Je suis trop. » Mais…
« Mais attention l’hypersensibilité est parfois confondue avec un état de vigilance permanente. Et je constate lors de mes consultations que certains hypersensibles ne font pas la différence pourtant importante entre ressentir intensément et vivre dans un état d’alerte permanente. Et constater cette différence peut changer profondément votre façon de comprendre ce que vous vivez. »
Agnès, psychanalyste et love coach
Ressentir intensément n’est pas la même chose que vivre en alerte permanente
Être hypersensible ne signifie pas simplement souffrir davantage ou réagir davantage. Certaines personnes ressentent naturellement certaines émotions, certaines ambiances ou certains liens avec plus d’intensité. Elles peuvent être profondément touchées par une parole, un regard, une atmosphère ou une relation.
Mais si vous avez connu plusieurs déceptions affectives, si vous vous êtes senti insuffisamment choisi, insuffisamment rassuré ou si vous avez vécu des relations dans lesquelles vous ne vous êtes pas senti en sécurité émotionnellement, alors vous allez naturellement vous adaptez à l’autre. Au départ cela semble même intelligent. Vous devenez plus attentif. Vous observez davantage. Vous cherchez à comprendre plus rapidement certaines situations. C’est bien mais…
« Mais si vous vous dites : « Cette fois-ci, je ne veux plus souffrir comme avant. » Alors progressivement quelque chose se transforme en vous. Vous ne regardez malheureusement plus seulement l’autre pour le rencontrer mais vous commencez aussi à le regarder pour anticiper le risque de souffrance. Et cela change profondément votre manière d’aimer. Vous devenez un.e partenaire « en alerte », voir même contrôlant ».
Agnès Love coach et psychanalyste
Quand l’amour devient un terrain d’observation
Mais quand l’amour devient un terrain d’observation et de vigilance permanente… à partir de ce moment-là, une partie de vous n’est plus totalement dans la relation elle-même. Une partie de vous travaille en permanence. Vous observez les détails, cherchez les incohérences, essayez d’interpréter certains comportements de votre partenaire…. Au moindre signe, vous vous demandez si quelque chose est en train de changer chez l’autre et dans la relation…
Sans vous en rendre compte, vous pouvez finir par vivre certaines relations comme une enquête permanente :
- Un message arrive plus tard que d’habitude et immédiatement quelque chose s’active chez vous : « Pourquoi il ne répond pas ? »
- Une réponse paraît plus froide : « Est-ce qu’il se passe quelque chose ?«
- Une soirée est annulée : « Est-ce qu’il s’éloigne ? «
Ces questions sont humaines. Elles ne sont pas le problème. Le problème apparaît lorsque votre esprit devient extrêmement entraîné à détecter le moindre mouvement autour de vous. Parce qu’à ce moment-là, vous pouvez avoir l’impression d’être hypersensible alors que vous êtes peut-être aussi devenu extrêmement vigilant.
Pourquoi les profils HPI ou très analytiques peuvent se reconnaître ici ?
Je remarque souvent quelque chose chez les profils HPI ou très analytiques :
On imagine parfois que notre intelligence peut nous protéger émotionnellement. Comme si comprendre davantage devrait automatiquement nous faire souffrir moins. Pourtant, dans certaines situations amoureuses, cela peut parfois produire l’effet inverse.
Si vous avez ce profil, vous possédez souvent une capacité particulière : vous reliez rapidement les éléments entre eux. Vous remarquez certains détails que beaucoup ne voient pas. Vous percevez parfois très tôt certaines incohérences ou certains changements subtils. Et souvent vous avez raison ! Mais…
« Mais…. le problème n’est pas votre intelligence. Le problème est que votre intelligence peut parfois se mettre au service de votre inquiétude. Elle peut vouloir comprendre immédiatement une distance, expliquer un changement de comportement ou interpréter une hésitation. Et plus elle cherche à comprendre, plus elle peut parfois alimenter l’angoisse. Parce que comprendre ne calme pas systématiquement. »
Agnès
Parfois comprendre devient aussi une manière discrète d’essayer de reprendre le contrôle sur quelque chose qui vous échappe émotionnellement
Et si vous n’étiez pas « trop » ? Alors peut-être que la vraie question n’est pas toujours : « Suis-je hypersensible ? » Peut-être qu’elle devient parfois : « Suis-je en train de ressentir intensément une relation… ou suis-je devenu fatigué à force d’essayer inconsciemment d’éviter une nouvelle blessure ? » Je trouve cette nuance importante parce qu’elle enlève un poids énorme à beaucoup de personnes.
Parce que vous n’êtes peut-être pas trop sensibles (on ne l’est jamais trop). Pas trop compliqués. Pas trop émotionnels. Pas trop intenses. Vous êtes peut-être simplement quelqu’un qui a appris à garder ses muscles émotionnels tendus pendant longtemps. Et vivre longtemps dans cet état est épuisant.
» Certaines personnes ne ressentent pas forcément davantage que les autres. Elles sont parfois seulement fatiguées d’avoir appris à rester en alerte même dans les endroits où elles voudraient enfin pouvoir se reposer. » Agnès
Comment faire lorsque vous avez l’impression d’être toujours en alerte ?
Si vous vous êtes reconnu dans ces lignes, je voudrais vous rassurer sur un point important : vivre dans cet état n’est pas une fatalité. Beaucoup de personnes pensent qu’elles sont « comme ça » depuis toujours. Elles finissent par faire de cette vigilance une partie de leur identité : « Je suis hypersensible », « je pense trop », « je me complique la vie ».
Je vous invite – si vous pensez souffrir de trop de sensibilité – à vous demander plutôt : Pourquoi une partie de moi a-t-elle appris à rester autant sur ses gardes ?
Car Il ne s’agit pas de lutter contre votre sensibilité. Je trouve même cela dommage. Votre sensibilité est souvent aussi ce qui vous permet d’aimer profondément, de comprendre les autres, de percevoir des nuances que certains ne voient pas et de créer des liens sincères. Le problème n’est donc pas votre belle sensibilité.
Le problème apparaît lorsque votre sensibilité se mélange à une peur permanente
Et le problème est précisément lorsque votre sensibilité se mêle à une peur permanente que vous commencez à écouter l’autre non plus pour le rencontrer mais pour anticiper un danger, que vous regardez votre téléphone davantage pour vous rassurer que pour communiquer…. Vous chercher des preuves d’amour non parce que vous manquez d’amour, mais parce qu’une partie de vous manque de sécurité affective. Et cela devient épuisant…. n’est-ce pas ?
Je crois qu’avant de chercher à changer votre manière d’aimer, il est parfois utile d’apprendre à reconnaître ce qui appartient au présent et ce qui appartient à votre histoire. Parce qu’une relation actuelle réveille très souvent une blessure ancienne sans que vous vous en rendiez compte.
Et lorsque cela arrive, vous pouvez finir par croire que vous aimez trop, alors que vous essayez en réalité simplement de ne plus souffrir.
Conclusion : Vous n’avez-vous pas besoin de changer !
Je rencontre souvent des personnes qui arrivent avec une phrase presque honteuse : « J’aimerais arrêter de ressentir autant. » Mais la solution n’est pas là. En tant que professionnelle, pour moi votre objectif n’est pas de devenir plus froid, plus distant ou moins attaché.
L’objectif est de pouvoir aimer sans avoir à rester constamment en alerte. Parce qu’il existe une grande différence entre aimer intensément et aimer dans la peur. Et parfois cette différence change une vie entière.
Si en lisant cet article vous avez eu l’impression qu’il parlait un peu trop précisément de vous, si vous vous reconnaissez dans cette fatigue émotionnelle, dans cette impression de trop penser, trop ressentir ou trop surveiller, alors ne restez pas seul avec cela.
Depuis des années, j’accompagne des personnes qui aiment profondément mais qui se sentent épuisées par leurs relations, leurs doutes ou leurs blessures. Très souvent, elles découvrent qu’elles ne sont pas « trop » : elles sont simplement fatiguées de porter quelque chose depuis longtemps. Parfois quelques échanges suffisent à comprendre ce qui se joue réellement derrière ce que vous appelez aujourd’hui votre hypersensibilité.