« C’est compliqué avec lui.elle ! Pourtant au début tout allait très bien. » Vous étiez connectés, c’était une d’évidence, c’était fluide. Vous vous sentiez compris, attiré.e, parfois même profondément aligné.e. Et puis, sans que cela soit immédiatement identifiable, quelque chose commence à résister. Pas frontalement. Plutôt comme une gêne diffuse. Une impression de ne pas réagir de la même manière aux mêmes situations. Pourquoi ? Comment faire ?

Pourquoi une relation amoureuse devient compliquée ?
Agnès Love Coach – psychanalyste
Parce que vous n’avez tout simplement pas les mêmes valeurs.
Au début d’une relation, malheureusement très peu de personnes s’intéressent à leurs valeurs respectives. Ils tombent amoureux, et se laissent aller (c’est bien) mais si vous êtes à la recherche d’une relation engagée, il est important de voir s’il y a une compatibilité concernant le respect de vos valeurs.
C’est trop souvent « plus tard « après » la connexion amoureuse et lune de miel des débuts que les couples pensent que si la relation devient compliquée, c’est parce qu’ils sont face à des différences de caractère, de sensibilité ou de communication. Alors qu’en réalité, ils sont déjà face à quelque chose de beaucoup plus structurant. Les valeurs !
C’est quoi exactement les valeurs ?
RAPPEL « Une valeur n’est pas une idée. Ce n’est pas non plus une préférence ou une opinion. Une valeur est ce qui est vraiment important pour nous-même dans la vie (et pas forcément pour notre partenaire). On la voit dans nos choix, dans ce que l’on accepte… et surtout ce que l’on refuse. Par exemple si pour vous la fidélité est essentielle, vous ne pourrez pas vivre une infidélité sans vous sentir mal. C’est ça une valeur. »
Agnès Love Coach – psychanalyste
Autre exemple dans un couple :
Un homme est en déplacement. Il n’appelle pas pendant deux jours. Lorsqu’il revient, il ne voit pas le problème. Il était occupé, concentré, absorbé. Pour lui, le lien n’est pas menacé par l’absence de contact. Il est stable, implicite.
Sa partenaire, elle, vit ces deux jours comme un vide. Pas forcément comme une preuve d’abandon, mais comme un désaccord profond sur ce qu’est une relation. Elle n’attend pas seulement un appel. Elle attend un signe de présence, une continuité, quelque chose qui confirme que le lien existe aussi dans l’absence.
Si elle formule sa demande de manière plus douce, plus légère, plus intelligente, il pourra sans doute faire un effort. Il appellera davantage. Il sera plus attentif. Et pendant un temps, cela donnera l’impression que le problème est réglé.
Mais ce serait une grande erreur d’analyse. Car ce qui est en jeu ici dépasse la question de l’appel. Pour elle, cet appel n’est pas un détail. Il est le support d’un besoin de sécurité, souvent ancien, parfois inconscient. Il vient toucher une zone où le lien doit être confirmé régulièrement pour être ressenti comme stable.
Pour lui, à l’inverse, la relation ne passe pas par cette forme de régularité. Il peut aimer profondément, être engagé, sincère… sans éprouver le besoin de maintenir un contact constant. Son système interne fonctionne autrement.
Ce décalage n’est pas une maladresse volontaire de cet homme. C’est une différence de valeur.
L’origine des valeurs : une construction psychique
Freud, à travers la notion de Surmoi, a montré que nous intégrons très tôt des repères internes qui structurent nos comportements. Mais il serait réducteur de penser ces valeurs uniquement comme des règles morales. Elles sont aussi des réponses émotionnelles à une histoire.
« Une personne qui a grandi dans un environnement imprévisible développe souvent une sensibilité particulière à la continuité du lien. Non pas par exigence, mais parce que l’absence a déjà été vécue comme une insécurité. À l’inverse, une personne qui a grandi dans un cadre trop contraignant peut associer la proximité à une forme d’étouffement. Elle cherchera inconsciemment à préserver des espaces de liberté, même dans une relation stable. Leurs valeurs ne sont donc pas les mêmes »
Agnès Love Coach – psychanalyste
Quand ces deux structures se rencontrent, il ne s’agit pas d’un problème de bonne volonté. Il s’agit d’une tension entre deux organisations internes qui ne répondent pas aux mêmes besoins.
Le couple est un lieu de réactivation du passé
C’est exactement ce que Guy Corneau décrivait lorsqu’il parlait du couple comme d’un lieu de réactivation. L’autre ne vient pas seulement partager un présent. Il vient réveiller un passé. Et parfois, il vient précisément activer ce qui n’a jamais été apaisé. On retrouve cette dynamique dans des situations très différentes, qui, en apparence, n’ont rien à voir.
Exemple 2 : Quand les valeurs s’expriment dans le quotidien
Un homme travaille énormément. Il est investi, engagé, passionné. Il construit, il avance, il donne du sens à ce qu’il fait. Il ne néglige pas volontairement sa partenaire. Il est simplement structuré autour d’une valeur où le travail occupe une place centrale.
Sa partenaire, elle, ressent une solitude. Non pas parce qu’il ne l’aime pas, mais parce que sa présence est intermittente. Elle a besoin d’un lien plus incarné, plus quotidien, plus partagé.
Ils peuvent en parler pendant des heures. Trouver des compromis, ajuster des agendas, faire des efforts. Mais à chaque période de tension professionnelle, le même schéma revient. Non pas par négligence, mais parce que, dans la hiérarchie interne de cet homme, le travail ne descend pas en dessous d’un certain seuil.
Exemple 3 : Loyautés invisibles et hiérarchies internes
Une femme se sent régulièrement mise en difficulté par sa belle-famille. Elle attend que son partenaire prenne position. Lui temporise, minimise, évite de trancher. Ce n’est pas qu’il ne voit pas. C’est qu’il ne peut pas faire autrement sans se mettre lui-même en difficulté. Il est pris dans une loyauté familiale qui ne se discute pas. Pas parce qu’il la choisit consciemment, mais parce qu’elle fait partie de sa structure.
Elle, de son côté, est construite autrement. Pour elle, le couple doit devenir le centre. Le lieu de référence. Le socle. Ils ne sont pas en train de débattre. Ils sont tout simplement organisés différemment.
« C’est à cet endroit précis que beaucoup de couples se perdent. Ils cherchent des solutions là où il faudrait poser un diagnostic Parce qu’ils continuent à chercher des solutions là où il faudrait poser un diagnostic : ils n’ont pas les mêmes valeurs. Ils parlent communication, compromis, effort, adaptation… alors qu’ils sont face à quelque chose d’irréconciliable à certains endroits. »
Agnès Love Coach – psychanalyste
Pourquoi reste-t-on malgré tout ?
Et pourtant, certains restent.
Ils restent parce qu’il y a de l’amour.
Parce qu’il y a du lien.
Parce qu’il y a des moments où tout semble possible.
Mais ils restent aussi pour une autre raison, plus difficile à reconnaître : Parce que la relation vient toucher une zone ancienne, non résolue.
La répétition comme tentative de réparation
Sigmund Freud parlait de compulsion de répétition. Ce besoin inconscient de rejouer certaines situations, dans l’espoir — souvent silencieux — de les transformer. Explications en exemple :
Une femme qui a manqué de sécurité affective peut rester avec un partenaire qui ne la rassure pas pleinement, non pas parce qu’elle s’y complaît, mais parce qu’elle espère, au fond, que cette fois-ci, cela se passera autrement.
Un homme qui a manqué de reconnaissance peut rester avec une partenaire exigeante, dans l’espoir d’obtenir enfin ce qu’il n’a jamais reçu.
Dans ces configurations, même lorsque l’autre fait des efforts — appelle, s’engage, se rapproche — cela ne suffit pas complètement.
Parce que ce qui est attendu dépasse ce qui peut être donné.
“Comment faire pour que ça marche ?” me demandez-vous. Mais…
La vraie question (inconfortable) à vous poser n’est pas “Comment faire pour que ça marche ?”, mais “Qu’est-ce que cette relation me demande de renoncer… et est-ce que je peux le faire sans me perdre ?”
Agnès Love Coach – psychanalyste
Compromis et renoncement ?
Toute relation implique des ajustements. Des compromis. Des renoncements partiels. Mais il y a une frontière : Lorsque ce qui est demandé touche à une valeur centrale, le compromis devient renoncement. Et le renoncement, à long terme, crée une fracture interne.
Le piège de la lucidité : Bien sur, on peut comprendre l’autre, analyser son histoire, contextualiser ses comportements. Mais comprendre ne transforme pas la structure. C’est même parfois le piège des personnes les plus lucides. Elles comprennent tellement bien l’autre qu’elles finissent par excuser, tolérer ce qui, en réalité, ne leur convient pas.
Attention à la morale également qui peut aussi être un piège ! La morale est souvent présentée comme un repère : ce qu’il faut faire, ce qu’il ne faut pas faire, ce qui est “bien” dans une relation. Mais en amour, elle peut devenir un piège redoutable. Parce qu’elle pousse à rester là où l’on ne devrait plus être, au nom de principes extérieurs : être fidèle coûte que coûte, faire des efforts, ne pas abandonner, être “une bonne personne”. Le problème, c’est que la morale ne dit rien de ce que vous ressentez réellement, ni de ce que vous êtes en train de vivre. Elle peut vous maintenir dans une relation qui ne vous convient plus, simplement parce que partir vous ferait vous sentir coupable. Là où les valeurs vous relient à vous-même, la morale peut vous en éloigner. Et beaucoup de personnes restent trop longtemps en amour, non pas par choix profond, mais par fidélité à une idée de ce qu’elles devraient être.
La morale peut aussi devenir une arme contre l’autre. Elle pousse à juger, à dire ce qui est “bien” ou “mal”, au lieu de comprendre ce qui est réellement en jeu. On ne voit plus l’autre tel qu’il est, mais à travers un filtre moral qui condamne ou reproche. Et cela crée de la distance, là où il faudrait de la lucidité.
Conclusion : Une lucidité exigeante
Construire une relation avec des valeurs différentes n’est pas impossible. Mais cela suppose une lucidité exigeante. Celle de distinguer ce qui peut réellement évoluer de ce qui ne bougera pas. Celle d’accepter que certaines attentes ne seront jamais pleinement satisfaites. Et celle, surtout, de reconnaître le moment où continuer implique de se trahir. Ce moment est rarement spectaculaire. Il est souvent silencieux. Progressif. Presque invisible. Mais il se ressent. Et c’est souvent à cet endroit-là que se joue la vraie question du couple.
On en parle ?