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Agnès Love coach

Agnès Love Coach

On pourrait (Surtout si on fait partie des générations précédentes) en tirer une conclusion rapide : les jeunes auraient peur de l’engagement, les applications auraient détruit le romantisme, Tinder aurait transformé les êtres humains en produits de consommation et toute une génération serait devenue incapable d’aimer. Pourtant …

Je ne le crois pas. Ces explications ont le mérite d’être simples, mais elles rendent assez mal compte de la complexité de ce que je rencontre lorsque des femmes et des hommes de 20, 30 ou parfois 40 ans viennent me parler d’une relation qu’ils ne savent justement plus comment nommer.

Ils ne me disent pas : « Je ne veux plus aimer. » Ils me disent beaucoup plus souvent :

  • « Nous nous voyons depuis quatre mois mais je ne sais pas ce que nous sommes. »
  • « Il me dit qu’il tient énormément à moi mais qu’il ne veut pas se mettre en couple. »
  • « Nous sommes exclusifs, mais elle ne veut pas mettre d’étiquette. »
  • « Il dort chez moi trois soirs par semaine, nous partons en week-end ensemble, mais il me dit que nous nous découvrons encore. »
  • « Elle me dit qu’elle ne veut rien de sérieux, mais elle est jalouse si je rencontre quelqu’un d’autre. »

 « Ces phrases m’intéressent car elles racontent peut-être moins la disparition du couple que la disparition du chemin unique qui permettait autrefois d’y entrer. »

Agnès

Nous n’avons jamais disposé d’autant de façons de vivre une relation

Les travaux récents sur la vie affective et sexuelle des jeunes adultes confirment cette diversification ainsi que l’enquête ENVIE de l’INED, menée auprès d’environ 10 000 personnes âgées de 18 à 29 ans, s’intéressant précisément à ce que les chercheurs appellent la diversité des relations intimes : couples, histoires d’un soir, relations sexuelles régulières sans couple, « sexfriends », plans cul, relations plus difficiles à définir, expériences du célibat et nouveaux modes de rencontre.

Cette évolution est essentielle à comprendre :

Pendant longtemps, une grande partie de la vie sentimentale était organisée par des étapes relativement identifiables. On rencontrait quelqu’un, on se fréquentait, on « sortait ensemble », puis éventuellement on construisait un couple. La sexualité pouvait évidemment précéder ces étapes, les histoires clandestines existaient, les amants également, les engagements étaient loin d’être toujours heureux. Mais il ne faudrait surtout pas idéaliser les générations précédentes ! Mais il existait un scénario dominant. Et ce scénario s’est considérablement affaibli.

Aujourd’hui, deux personnes peuvent coucher ensemble avant de savoir si elles ont envie de se revoir. Elles peuvent se voir depuis six mois sans se considérer officiellement en couple. Elles peuvent être sexuellement exclusives sans avoir défini leur relation. Elles peuvent se parler quotidiennement et néanmoins considérer que chacun reste libre. Elles peuvent être très attachées l’une à l’autre et ne pas vouloir envisager l’avenir. Elles peuvent aussi décider très consciemment qu’une relation sexuelle ou affective n’a pas vocation à devenir un couple. Et cela constitue, à bien des égards, un réel progrès.

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Aujourd’hui, nous ne sommes plus obligés de considérer qu’une relation sexuelle doit nécessairement conduire à une relation conjugale. Une femme peut désirer une sexualité sans projet amoureux. Un homme peut vouloir de la tendresse sans souhaiter immédiatement construire une vie commune. Les orientations sexuelles et les identités sont davantage nommées. La question du consentement a pris une place considérable, notamment depuis MeToo. Les modèles conjugaux traditionnels sont pesés et davantage interrogés.

La liberté relationnelle s’est agrandie mais amène son lot de difficultés

Toute nouvelle liberté crée aussi une nouvelle responsabilité : lorsqu’un « scénario collectif » ne dit plus aux individus ce que signifie leur relation, ce sont les deux personnes concernées qui doivent parvenir à le définir ensemble. Et c’est précisément là que les difficultés commencent.

 « Nous sommes peut-être passés du couple défini par la société au couple négocié par les individus. Il me semble que c’est l’une des transformations les plus profondes de la rencontre contemporaine. Le couple n’a pas disparu mais doit davantage se négocier. Autrefois, la question pouvait être : « Est-ce que nous allons nous mettre ensemble ? » Aujourd’hui, elle devient souvent : « Qu’est-ce que nous sommes en train de vivre ? » La nuance paraît petite. Elle est immense.

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Lorsqu’il n’existe plus de définition implicite commune, chacun peut interpréter les mêmes comportements de manière radicalement différente.

Prenons deux personnes qui se voient depuis trois mois. Elles passent deux nuits par semaine ensemble. Elles s’écrivent chaque jour. Elles ont cessé de fréquenter d’autres partenaires. Elles se confient des choses intimes. Elles ont déjà rencontré certains amis de l’autre. Pour l’une, tous ces signes veulent dire : « Une relation est en train de se construire.» Pour l’autre : « Je suis très bien avec cette personne, mais je ne sais pas encore si je veux une relation. »

Les faits sont identiques. Le sens psychique donné aux faits ne l’est absolument pas. Voilà une grande partie des incompréhensions que je retrouve dans mes coachings. Le problème n’est pas toujours qu’une personne mente. Il arrive évidemment que quelqu’un entretienne volontairement le flou parce que ce flou lui est confortable. Mais ce n’est pas systématiquement ce qui se passe.

Il arrive aussi que deux personnes vivent sincèrement la même histoire depuis deux endroits psychiques différents : L’une expérimente. L’autre construit. L’une vit intensément le présent. L’autre commence déjà à imaginer une continuité. L’une pense : « Nous verrons. » L’autre entend : « Nous avançons doucement vers quelque chose. » Ce qui crée alors la souffrance n’est pas seulement l’absence d’engagement. C’est l’asymétrie de signification.

Le « on verra » est devenu une véritable position relationnelle

J’entends énormément cette expression. « On verra. » Et je ne la considère pas nécessairement comme une mauvaise réponse.

Au début d’une rencontre, personne ne peut savoir avec certitude où une relation conduira. Prétendre le contraire serait absurde. Vous pouvez rencontrer quelqu’un qui vous plaît énormément et découvrir trois mois plus tard que quelque chose ne fonctionne pas. Vous pouvez également commencer une histoire sans grande conviction et tomber profondément amoureux six mois plus tard.

L’incertitude appartient intrinsèquement à la rencontre.

« Ce qui me semble différent aujourd’hui est que l’incertitude peut devenir non plus une période transitoire, mais un mode de fonctionnement relationnel. On reste alors longtemps dans une sorte d’entre-deux. On ne se quitte pas. On ne s’engage pas réellement. On continue. On observe. On ressent. On profite. Et chacun espère parfois secrètement que le temps donnera à la relation une définition que personne n’ose véritablement poser. »

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C’est ici qu’apparaît ce mot désormais très utilisé : la situationship. Une relation qui existe objectivement mais dont le statut demeure incertain. Je comprends parfaitement pourquoi cette forme relationnelle peut séduire. Elle permet de préserver une impression de liberté. Elle évite la solennité du mot « couple ». Elle permet de continuer à éprouver ce que l’on ressent sans avoir le sentiment de signer un contrat psychologique. Elle donne également l’impression de ne pas aller trop vite.

Le paradoxe : davantage de possibilités, mais pas nécessairement davantage de sexualité

Autre cliché mérite d’être abandonné : celui d’une jeunesse nécessairement hypersexualisée :

Les grandes enquêtes françaises montrent une réalité beaucoup plus nuancée. L’enquête CSF-2023, menée sous l’égide de l’Inserm, observe notamment une légère remontée récente de l’âge médian du premier rapport sexuel. Pour les personnes entrant dans leur sexualité au cours de la période 2019-2023, il est de 18,2 ans chez les femmes et 17,7 ans chez les hommes. (CSF INSERM⁠)

Autrement dit, disposer d’applications permettant potentiellement d’entrer en contact avec des centaines de partenaires ne signifie pas nécessairement avoir davantage de rapports sexuels. C’est un paradoxe passionnant. Jamais l’offre de rencontres n’a été aussi grande. Jamais l’accès potentiel à l’autre n’a été aussi immédiat.

Il suffit parfois de quelques secondes pour regarder un visage, lire une biographie, décider que cette personne pourrait nous plaire et établir un contact. Et pourtant l’accès à l’autre psychiquement reste difficile. Peut-être même est-il devenu, dans certains cas, plus difficile. Parce que rencontrer vingt personnes possibles n’est pas la même chose qu’en choisir une. Et surtout parce que choisir quelqu’un signifie renoncer, au moins momentanément, aux autres possibles. Voilà un aspect dont on parle relativement peu.

Les applications ne créent pas seulement davantage de rencontres. Elles maintiennent aussi en permanence l’existence mentale d’un marché possible. Même lorsqu’une personne nous plaît, l’idée qu’une autre pourrait peut-être mieux nous correspondre demeure facilement accessible. Quelques minutes suffisent pour retourner regarder. Il existe peut-être quelqu’un de plus drôle. Plus beau. Plus disponible. Plus cultivé. Plus sensuel. Plus proche géographiquement. Plus compatible.

À force de chercher la meilleure compatibilité possible, il devient parfois difficile d’accepter ce qu’a toujours été une relation réelle : la rencontre d’un être profondément singulier, donc nécessairement imparfait. Désirer quelqu’un suppose pourtant de cesser un peu de comparer.

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Je crois que c’est ici que les applications ont réellement modifié quelque chose dans l’imaginaire amoureux. Pas forcément parce qu’elles empêcheraient d’aimer. Des milliers de couples heureux se sont rencontrés sur une application. Le problème est ailleurs. L’application peut installer une logique de sélection qui fonctionne très bien tant que vous choisissez un profil mais beaucoup moins bien lorsqu’il s’agit ensuite de rencontrer un être humain.

Un profil est comparable. Un être humain ne l’est pas vraiment. Vous pouvez comparer deux tailles, deux professions, deux photos, deux distances géographiques, deux loisirs. Mais vous ne pouvez pas facilement quantifier ce qui se produit lorsque vous êtes assis devant quelqu’un et que soudain sa façon de rire vous touche, que son intelligence vous intrigue, que vous avez envie de prolonger la soirée ou que quelque chose dans son regard vous donne le sentiment étrange d’être regardé autrement.

Le désir se construit aussi dans ce qui échappe à nos critères :

Et l’amour davantage encore. Or le marché amoureux numérique peut entretenir l’illusion qu’une bonne décision amoureuse ressemble à une bonne décision de consommation : examiner suffisamment d’options avant de choisir.

Mais aimer suppose précisément, à un moment, d’arrêter de regarder toutes les options. Non parce qu’une personne serait objectivement meilleure que toutes les autres. Mais parce qu’elle devient subjectivement particulière pour vous. C’est une différence essentielle.

Le désir s’est libéré. L’attachement, lui, n’a pas disparu

Voilà probablement ce qui m’intéresse le plus dans mes coachings. On peut avoir profondément transformé les normes sociales autour du couple et rester doté du même appareil affectif humain. Nous pouvons décider que nous ne voulons pas mettre d’étiquette sur une relation. Notre psychisme n’en conclut pas nécessairement qu’il doit cesser de s’attacher. Nous pouvons décider qu’il ne s’agit que d’une histoire sexuelle.

Notre corps peut néanmoins associer progressivement cette personne à la sécurité, au plaisir, à l’attente, à la tendresse. Nous pouvons décider de « vivre l’instant présent ». Cela ne nous empêche pas toujours de souffrir lorsque l’autre disparaît. Et je vois parfois arriver en coaching des personnes presque honteuses de leur propre attachement.

Elles me disent : « Pourtant nous avions dit que ce n’était pas sérieux. » Comme si le fait d’avoir énoncé une règle au début de la relation devait empêcher tout déplacement émotionnel. Mais nous ne sommes pas des contrats. Nous pouvons vouloir une chose en janvier et en ressentir une autre en avril. Nous pouvons commencer une relation pour le plaisir et découvrir que nous sommes attachés. Nous pouvons également commencer très amoureux et découvrir que nous ne voulons finalement pas construire.

La maturité relationnelle ne consiste donc pas à rester fidèle éternellement à ce que nous avions annoncé le premier soir. Elle consiste à être capable de réactualiser la conversation lorsque nos sentiments changent.

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« Je pensais pouvoir vivre cette relation légèrement mais ce n’est plus ce que je ressens. » « Je suis en train de m’attacher. » « J’ai besoin de savoir si tu envisages quelque chose avec moi. »

Ou au contraire : « J’éprouve beaucoup d’affection pour toi mais je sens que mon désir de construire ne vient pas. »

Ces conversations font peur. Elles sont pourtant probablement plus nécessaires aujourd’hui qu’elles ne l’ont jamais été.

Le consentement ne concerne pas uniquement la sexualité

MeToo a profondément transformé la manière dont une partie des jeunes générations pense le désir, notamment autour du consentement. Ce déplacement me paraît majeur et incontestablement positif : désirer ne donne aucun droit sur l’autre, une relation sexuelle suppose la possibilité du oui comme celle du non, et chacun doit pouvoir définir ses limites.

Mais j’aimerais prolonger cette réflexion dans le champ amoureux. Il existe aussi, selon moi, quelque chose que nous pourrions appeler un consentement relationnel. Non au sens juridique du terme évidemment. Mais au sens psychique.

« Pour pouvoir consentir réellement à une relation, encore faut-il comprendre suffisamment ce que l’autre pense être en train de vivre avec nous. Si je crois que nous avançons vers un couple pendant que vous savez depuis deux mois que vous ne souhaitez surtout pas construire avec moi, nous ne sommes plus exactement dans la même relation. Vous connaissez une information essentielle que j’ignore. »

Inversement : La clarté n’impose pas de promettre ce que nous ne savons pas. Elle demande simplement d’éviter de laisser l’autre construire pendant des mois une réalité que nous savons ne pas partager.

Il existe une grande différence entre : « Je ne sais pas encore ce que je veux avec toi. » et : « Je sais que je ne veux pas de relation avec toi mais je préfère ne pas te le dire parce que j’aime ce que nous vivons. »

Extérieurement, ces deux situations peuvent se ressembler. Psychiquement et moralement, elles sont pourtant très différentes.

La peur de l’engagement explique-t-elle vraiment tout ?

Je me méfie énormément de cette expression. Elle est devenue une sorte de diagnostic universel.

  • Quelqu’un ne veut pas se mettre en couple ? « Il a peur de l’engagement. »
  • Quelqu’un ne veut pas vous présenter à ses amis ? « Elle a peur de l’engagement. »
  • Quelqu’un vous quitte après quatre mois ? « C’est un évitant. »

C’est parfois vrai. Mais parfois la personne n’a tout simplement pas suffisamment envie de construire cette relation-là. Et cette distinction est douloureuse mais capitale.

« Nous cherchons volontiers une explication psychologique complexe parce qu’elle maintient l’espoir : S’il a peur, il pourrait guérir. Si elle est évitante, elle pourrait revenir. S’il a été traumatisé dans son enfance, peut-être qu’en étant suffisamment patient je finirai par lui donner envie de rester. »

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Mais aimer quelqu’un ne signifie pas nécessairement vouloir faire couple avec lui. Et être formidable ne garantit jamais que l’autre nous choisira. C’est précisément pourquoi la rencontre demande une forme de courage. Vous pouvez tout faire « correctement » et ne pas être choisi. Vous pouvez également rencontrer quelqu’un qui vous correspond extraordinairement bien et avoir néanmoins peur.

L’engagement ne peut donc être réduit ni à une question de compatibilité ni à une pathologie de l’autre. Il suppose quelque chose de beaucoup plus vertigineux : accepter qu’une relation nous engage dans une histoire dont nous ne connaissons pas l’issue.

Peut-on tomber amoureux tout en restant totalement autonome ?

C’est peut-être la grande contradiction contemporaine. Nous avons beaucoup appris à protéger notre autonomie. À ne pas nous perdre dans l’autre. À ne pas dépendre. À garder nos amis. Nos activités. Notre appartement. Notre identité. Notre liberté. Et c’est très sain.

Mais quelque chose peut se dérégler lorsque l’autonomie cesse d’être une condition d’une relation équilibrée et devient une protection contre toute dépendance affective. Parce qu’aimer rend nécessairement un peu dépendant. Pas dépendant au sens pathologique. Mais dépendant au sens où la présence de l’autre finit par compter. Son absence peut nous manquer. Son regard nous importe. Ses décisions peuvent nous toucher. Nous pouvons être heureux qu’il arrive et triste qu’il parte.

L’amour nous rend vulnérables parce que nous ne contrôlons pas entièrement ce que l’autre fera de la place que nous lui donnons. On peut apprendre à ne pas se perdre dans une relation. On ne peut pas apprendre à aimer sans jamais risquer d’être atteint.

« Je me demande parfois si certaines formes très contemporaines de relation ne cherchent pas à résoudre cette contradiction impossible : obtenir l’intimité sans la dépendance, le désir sans l’attente, la tendresse sans la vulnérabilité, la fidélité sans l’engagement, le couple sans prononcer le mot couple. Ce serait évidemment merveilleux. Mais psychiquement, cela fonctionne rarement aussi proprement. Parce que plus l’autre devient important, plus quelque chose est en jeu.»

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Les jeunes ne sont pas moins romantiques. Ils sont peut-être plus méfiants envers les scénarios amoureux

Il ne faudrait pas non plus oublier ce qu’ont vu grandir les générations actuelles. Le couple traditionnel n’apparaît plus nécessairement comme une promesse de stabilité.

  • Ils ont vu des divorces.
  • Des familles recomposées.
  • Des parents rester ensemble sans être heureux.
  • Des infidélités rendues publiques.
  • Des violences conjugales davantage nommées.
  • Des rapports de domination interrogés.
  • Ils ont entendu leurs mères raconter ce qu’elles avaient parfois accepté.
  • Ils ont entendu leurs pères parler de ce qu’ils ne comprenaient plus.

Ils ont grandi dans une société qui leur répète simultanément deux messages : « Trouvez l’amour. » et :« Surtout, ne vous perdez jamais pour quelqu’un. » Cette tension n’est pas absurde. Mais elle rend l’entrée dans le couple beaucoup moins évidente.

Pour certaines personnes, le mot engagement peut même évoquer moins la sécurité que le risque d’enfermement. Il faut donc comprendre que refuser de nommer trop rapidement une relation n’est pas nécessairement immature. Cela peut également témoigner d’un désir de construire autrement. La question n’est pas de savoir si les anciens modèles étaient meilleurs. Ils ne l’étaient pas nécessairement.

La question devient : avec quoi remplaçons-nous les anciens repères ? Quand les règles disparaissent, il faut apprendre à parler

Voilà peut-être la conclusion la plus importante que je tire de toutes ces évolutions. Une société très codifiée demande beaucoup d’obéissance aux normes.

Une société très libre demande davantage de compétence relationnelle aux individus :

  • Si personne ne vous dit automatiquement ce que votre relation signifie après trois mois, vous devez être capable d’en parler.
  • Si coucher ensemble ne signifie plus automatiquement que vous êtes en couple, vous devez pouvoir demander ce que chacun souhaite.
  • Si l’exclusivité n’est plus implicite, elle doit être évoquée.
  • Si vous ne voulez rien de sérieux, il faut parfois avoir le courage de le dire même si vous savez que l’autre pourrait partir.
  • Et si vous voulez une relation engagée, il faut également pouvoir le dire sans considérer que formuler votre désir vous rend faible, pressant ou dépendant.

Car c’est là que je rencontre énormément de souffrance en coaching. Des personnes intelligentes, autonomes, capables de parler pendant des heures de psychologie ou de relations humaines deviennent parfois presque incapables de prononcer une phrase simple devant quelqu’un qui leur plaît : « J’aimerais savoir comment vous vivez ce que nous sommes en train de construire. »

Pourquoi ? Parce qu’elles ont peur de la réponse. Et alors elles observent. Elles interprètent. Elles analysent les messages. La fréquence des appels. Le temps de réponse. Les emojis. Les week-ends proposés. La brosse à dents laissée dans la salle de bains. Le nombre de nuits passées ensemble.

« Tout devient signe parce que la seule information réellement fiable — ce que l’autre pense — n’a pas été demandée. Évidemment, les comportements comptent. Je répète souvent que la confiance ne se décide pas : elle s’observe. Mais observer les comportements ne dispense jamais de parler. Une relation adulte exige les deux. Les actes. Et les mots. »

Agnès

Le couple existe parfois avant d’être nommé

Il existe cependant une autre erreur : croire qu’une relation n’existe pas tant que les mots exacts n’ont pas été prononcés. Je ne le crois pas davantage. Deux personnes peuvent déjà être psychiquement engagées avant de dire officiellement : « Nous sommes ensemble. » Elles se choisissent, organisent leur temps l’une en fonction de l’autre, deviennent une personne de référence, commencent à construire des habitudes, prennent naturellement l’autre en considération dans certaines décisions.

Quelque chose du couple peut donc exister avant que le mot soit prononcé. C’est pourquoi je trouve parfois artificielle cette opposition entre « officiellement en couple » et « pas en couple ». La réalité relationnelle est beaucoup plus progressive. Ce qui compte est moins la date exacte où vous avez prononcé le mot que le moment où une réciprocité s’est installée. Mais justement : lorsque cette réciprocité n’est pas évidente, il devient nécessaire de la vérifier.

La liberté amoureuse ne supprime pas notre besoin de compter pour quelqu’un

Voilà peut-être ce que toutes les générations ont en commun. Nous pouvons transformer nos pratiques sexuelles. Changer les modes de rencontre. Créer de nouveaux mots. Refuser certaines institutions. Réinventer le couple. Vivre seul. Aimer plusieurs personnes. Choisir de ne jamais se marier. Décider de ne pas cohabiter. Tout cela appartient à notre liberté. Mais lorsqu’un être humain commence à s’attacher à un autre, une question très ancienne réapparaît souvent : Quelle place ai-je pour toi ?

C’est une question étonnamment simple. Et extraordinairement profonde. Elle ne signifie pas nécessairement : « Vas-tu m’épouser ? » Elle signifie : « Est-ce que ce que nous vivons existe de la même manière pour toi que pour moi ? »

Voilà pourquoi je ne crois pas du tout que les jeunes auraient cessé de savoir aimer. Je crois plutôt qu’ils doivent accomplir un travail que les générations précédentes pouvaient parfois éviter : inventer consciemment la relation qu’ils souhaitent vivre. C’est une liberté immense. Mais c’est aussi une tâche psychique difficile.

Car lorsque les règles collectives disparaissent, nous sommes renvoyés à nos désirs véritables. Et dire ce que l’on désire expose. « J’ai envie de toi. » expose déjà. Mais : « J’ai envie que tu comptes dans ma vie. » expose davantage encore.

Alors, les jeunes aiment-ils autrement ?

Oui, probablement. Mais pas parce que l’amour aurait changé de nature du jour au lendemain. Ils aiment dans un environnement différent. Un environnement dans lequel la rencontre est davantage numérisée, les possibilités plus nombreuses, les modèles relationnels plus diversifiés, les rapports entre les sexes profondément interrogés et les normes conjugales beaucoup moins impératives.

Ils ont gagné quelque chose de précieux : davantage de liberté pour choisir la forme de leur vie affective. Ils ont aussi perdu quelque chose : l’évidence d’un scénario commun. Et c’est peut-être ici que se situe le véritable enjeu amoureux de notre époque. Pendant longtemps, on a appris aux individus à entrer dans le couple.

« Aujourd’hui, il faut davantage apprendre à construire consciemment une relation avec quelqu’un qui possède lui aussi ses propres codes, ses propres peurs, ses propres représentations de la liberté et sa propre définition de l’engagement. »

Ce qui exige finalement beaucoup : Savoir désirer. Savoir choisir. Savoir attendre. Savoir renoncer. Savoir parler. Savoir entendre une réponse qui ne nous convient pas. Savoir ne pas transformer chaque hésitation de l’autre en promesse. Savoir également ne pas fuir une belle histoire simplement parce qu’elle commence à nous rendre vulnérable.

Il est donc important de comprendre que les applications de rencontres, les nouvelles étiquettes relationnelles et tous les discours sur l’autonomie ne pourront jamais tout résoudre car : On peut moderniser les règles de l’amour. On ne peut pas supprimer le risque d’aimer. Parce qu’à un moment, lorsque quelqu’un commence réellement à compter, nous devons renoncer à une toute petite partie de notre toute-puissance.

Nous ne pouvons plus décider seuls de l’histoire. Il y a désormais deux désirs. Deux libertés. Deux temporalités. Et cette question – finalement – reste aussi ancienne que l’amour lui-même : « Est-ce que tu as envie, toi aussi, d’aller quelque part avec moi ? »

Je vous le souhaite.

Agnès Love Coach

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