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Agnès Love coach

Lorsque Thomas arrive en coaching il me confie : « Je suis effondré, je n‘arrive pas à gérer cette rupture. Je rumine jours et nuits ! Je repasse tous ses mots et les événements en boucle. » Il ne me dit pas cela comme quelqu’un qui cherche simplement à comprendre une rupture mais plutôt un fort sentiment d’injustice. Comme si quelque chose ne s’était pas passé comme prévu. Comme si, après tout ce qu’il avait vécu avec cette femme et tout ce qu’il avait mis dans cette relation, l’histoire aurait dû connaître une autre fin.

inquiet amour

Thomas m’explique la situation : ils ont été ensemble pendant trois ans. Trois années avec des moments très heureux, mais aussi des crises, des séparations et des retrouvailles. Elle l’a quitté plusieurs fois. Trois fois, peut-être quatre. Et chaque fois, Thomas a réussi à la faire revenir. Il insistait, expliquait, discutait, rassurait, trouvait les mots, cherchait le moyen de recréer le lien.

Il me confie être un ancien grand timide mais avoir beaucoup changé et gagné en confiance en lui, tiré des leçons de ses nombreuses relations compliquées. Il reconnaît aussi être un homme qui a tendance à beaucoup culpabiliser et ne pas comprendre pourquoi il ne trouve pas une femme qui l’aime. Mais lorsqu’il a rencontré Carole il y a 3 ans, il se sentait malgré tout, prêt à faire durer cette relation amoureuse.

Il m’avoue avoir eu un vrai coup de cœur pour cette femme dès le départ et donc très vite avoir peur de la perdre. Elle partait, il la récupérait. Elle revenait, cela le rassurait.

C’est ainsi que trois années ont passé. Avec le recul, il reconnaît aujourd’hui que cette relation avait été compliquée presque depuis le début. Mais à l’époque, il ne voulait pas nécessairement l’interpréter comme un signe qu’ils n’étaient peut-être pas faits pour vivre ensemble. Il pensait plutôt qu’ils traversaient des difficultés. Il croyait qu’il fallait tenir. Il avait tellement envie que cette histoire fonctionne qu’il trouvait toujours une raison de continuer à faire semblant d’y croire.

Première rupture : « Tu n’es pas assez charismatique »

Cette phrase qu’elle lui avait dite très tôt : « je ne te trouve pas suffisamment charismatique », Thomas s’en souvenait, bien sûr. Mais il n’avait pas voulu lui donner trop d’importance. Peut-être même qu’au fond, cette remarque l’avait piqué au vif car en effet, il reconnaît ne pas être charismatique !

Il me dit avec humour être plutôt « Pierre Richard qu’Alain Delon. ». Lorsque Carole lui fait cette remarque, certes, il se comparait avec ces hommes à l’aura puissant mais se préférait discret en « homme de valeurs », capable d’aimer, généreux, capable de construire une relation et rendre une femme heureuse ! De plus, il avait le sentiment d’avoir beaucoup évolué et être arrivé à un moment de sa vie où il savait enfin ce qu’il voulait.

Sans doute qu’au lieu d’entendre cette phrase comme une information sur ce que cette femme ressentait, il a peut-être commencé à l’entendre comme un défi : Je vais lui prouver qu’elle se trompe : je suis l’homme parfait pour elle.

Et plus la relation avançait, plus cette idée pouvait prendre de la place. Il fallait que ça marche. Il fallait qu’elle finisse par comprendre. Il fallait qu’elle réalise qu’elle avait auprès d’elle un homme avec lequel elle pouvait être heureuse. Chaque fois qu’elle revenait, Thomas obtenait une petite victoire. Il pouvait se dire qu’il avait eu raison de ne pas abandonner. Que ses efforts avaient payé. Que finalement, elle reconnaissait la valeur de leur histoire.

 Je l’aime et je crois en notre couple

Il ne se disait probablement pas : « je veux gagner contre elle ». Il se disait : « je l’aime et je crois en notre couple. » Mais les deux choses ont fini par se mélanger.

Parce qu’à force de vouloir sauver cette relation, Thomas n’a peut-être plus seulement cherché à être avec elle. Il a cherché à obtenir quelque chose d’elle : la confirmation qu’il avait raison d’avoir cru en lui, en elle et en leur histoire.

C’est là que le mécanisme devient particulièrement intéressant. Car lorsque quelqu’un nous quitte une fois, nous pouvons souffrir de son absence. Lorsque quelqu’un nous quitte plusieurs fois, puis revient plusieurs fois, nous pouvons finir par croire que cette relation possède une force particulière. Mais lorsque nous investissons notre ego dans le fait de réussir à garder cette personne, chaque nouvelle rupture devient une blessure beaucoup plus personnelle.

C’est pour cela que lorsqu’il constate que finalement, elle ne revient plus, la blessure est immense ! Cette fois, Thomas n’a pas réussi ! Il a essayé. Mais elle est partie !

« Je veux qu’elle réalise qu’elle aurait été heureuse avec moi »

Et ce qui était autrefois une histoire d’amour devient soudain, dans son esprit, une histoire d’échec. C’est à ce moment-là que son discours change. Il dit aujourd’hui : « Je la déteste. » La phrase est très forte.

« Thomas m’explique qu’il aimerait qu’elle comprenne qu’elle s’est trompée. Il voudrait qu’elle réalise qu’elle aurait été heureuse avec lui. Cette contradiction est probablement le cœur du problème. En réalité, les deux sentiments ne sont peut-être pas aussi contradictoires qu’ils en ont l’air. Thomas ne déteste pas seulement la femme qu’il aime. Il déteste aussi ce qu’elle lui fait ressentir. »

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  • Il déteste le fait qu’elle puisse le regarder et ne pas voir ce qui il est vraiment.
  • Il déteste qu’après tout ce temps, après tous ces retours, après tous ces efforts pour maintenir cette relation, elle puisse encore dire non.
  • Il déteste surtout qu’elle puisse partir sans reconnaître la valeur qu’il voulait qu’elle reconnaisse.

C’est à ce moment là du coaching que je comprend que sa colère est intimement liée à son attachement. Il ne veut pas forcément qu’elle revienne mais il veut qu’elle répare quelque chose dans son ego.

 « Si Carole revenait vers lui avec une sorte de discours de prise de conscience, il pourrait se dire : j’avais raison. Elle me comprend enfin. Elle voit qu’elle a fait une erreur. Elle reconnaîtrait que je suis celui qu’il fallait choisir. Et cette reconnaissance viendrait calmer la blessure. »

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C’est peut-être pour cela que Thomas est aujourd’hui incapable de se détacher véritablement d’elle. Une partie de lui voudrait tourner la page parce qu’il lui en veut énormément. Une autre partie continue de rêver qu’elle « revienne » pour lui prouver qu’il avait raison depuis le début.

Il veut qu’elle parte et qu’elle revienne. Il veut ne plus jamais la revoir et il veut qu’elle réalise ce qu’elle a perdu. Il dit qu’il la déteste, mais il veut encore être aimé par elle.

Aujourd’hui, c’est cette ambivalence qu’il a compris en théorie et que nous travaillons ensemble.

« Tant qu’une personne pense que le problème est uniquement l’autre, elle ne peut pas sortir de la boucle. Elle peut rendre l’autre responsable, lui reprocher ses départs, lui reprocher de ne pas avoir vu sa valeur, lui reprocher de l’avoir blessé. Mais plus la personne lui en veut, plus elle reste psychologiquement attaché à elle. »

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La haine n’est pas toujours le contraire de l’amour. Parfois, elle est ce qui reste lorsque l’on est encore profondément dépendant du regard de quelqu’un.

Thomas voudrait qu’elle comprenne, qu’elle se sente responsable aussi. Et tant qu’il attend cette compréhension, elle conserve un pouvoir considérable sur lui.

Les peurs de Thomas

C’est ici que la peur de finir seul intervient, mais elle n’est finalement qu’une partie du problème. Oui, Thomas a 57 ans. Oui, il se demande s’il rencontrera encore quelqu’un. Oui, il a peur d’avoir perdu une relation qui aurait pu être importante et de ne plus avoir beaucoup de temps pour construire une nouvelle histoire. Mais derrière cette peur de la solitude, il y a une blessure plus intime : la peur de ne pas être celui qu’il croyait être, la peur de ne jamais ressentir l’amour d’une femme qui le regarde vraiment et l’aime tel qu’il est. Fort et vulnérable à la fois.

Pendant longtemps, il s’est raconté qu’il allait pouvoir faire en sorte qu’une femme l’aime tel qu’il est comme lui aime les femmes généreusement et telles qu’elles sont.

Elle ne l’a pas fait. Pire encore : elle est partie plusieurs fois. Et finalement, elle est partie définitivement.

Un ego fragile

Ce qui est douloureux n’est donc pas tant qu’elle ne l’aime pas ou plus. C’est qu’elle refuse de confirmer le récit que Thomas avait construit sur lui-même. C’est là que l’on peut commencer à comprendre ce que l’on pourrait appeler son « faux self ». Thomas n’est pas nécessairement dans le mensonge. Il croit sincèrement qu’il est suffisamment solide, qu’il va bien, qu’il est prêt. Mais peut-être qu’une partie de cette assurance est encore une construction destinée à le protéger d’une fragilité qu’il n’a pas complètement rencontrée.

  • Il s’est convaincu qu’il avait trouvé la femme pour une belle histoire. Mais était-il prêt à ce qu’une belle histoire ne fonctionne pas ?
  • Il s’est convaincu qu’il avait suffisamment confiance en lui. Mais était-il capable d’entendre qu’une femme puisse ne pas le choisir sans en conclure qu’elle avait tort ?
  • Il se croyait suffisamment solide. Mais pouvait-il accepter d’être rejeté sans avoir besoin de validation et de reconnaissance pour se sentir à nouveau valable ?

C’est probablement là que se trouve le véritable travail. Pas dans la recherche de « la » phrase qui la ferait prendre conscience de la valeur de Thomas. Pas dans la démonstration qu’elle aurait dû être heureuse avec lui. Et encore moins dans le passage à l’acte d’une quelconque montée de vengeance.

Et même pas dans la question de savoir si elle avait raison ou tort lorsqu’elle disait qu’il manquait de charisme. Le sujet est ailleurs : pourquoi Thomas a-t-il besoin qu’elle reconnaisse sa valeur pour pouvoir lui-même y croire ? Parce que tant qu’il voudra qu’elle réalise qu’elle a perdu « le bon homme », il restera prisonnier de cette histoire. Il ne sera pas libre. Il sera encore en train d’attendre son verdict.

Mon diagnostic de love coach et psychanalyste

  • Carole peut penser qu’elle n’aurait pas été heureuse avec lui.
  • Elle peut ne pas ressentir la petite flamme face à un homme peu charismatique.
  • Qu’elle se trompe ou non n’est finalement plus du tout la question car elle a fait son choix.

Il ne doit pas choisir de ne plus l’aimer du jour au lendemain. Ce serait impossible et probablement artificiel. Mais choisir de ne plus utiliser son amour comme un argument pour continuer à attendre quelque chose ou un changement d’elle ni la juger en l’analysant et tenter lui faire la morale sur ce qu’elle est censée faire ou être : comprendre qu‘il n’est pas capable (car c’est impossible) de la sauver de ses éventuels soucis psys.

« Aimer quelqu’un et vouloir être reconnu et aimé à tous prix par lui sont deux choses différentes. Et chez Thomas, ces deux choses se sont tellement mélangées qu’il ne sait plus très bien s’il pleure d’avoir perdu cette femme parce qu’il l’aime encore, ou parce qu’il voudrait qu’elle vienne réparer la blessure qu’elle est a infligé à son ego. »

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Peut-être que les deux sont vrais. C’est justement pour cela que le travail est nécessaire.

À 57 ans, Thomas ne doit pas seulement apprendre à accepter une rupture. Il doit apprendre à supporter une chose beaucoup plus inconfortable : ne pas être choisi sans conclure qu’il ne vaut pas suffisamment ou par ego défaillant qu’elle aurait du l’aimer pour ses valeurs et ses qualités humaines.

Et si un jour, il se dit en toute sincérité et sérénité : « Je l’ai aimée. J’aurais aimé que nous réussissions. Je regrette que cela n’ait pas fonctionné. Mais je n’ai plus besoin de sa validation ni son amour pour savoir qui je suis et que je suis aimable », quelque chose aura réellement changé en lui. Parce qu’à ce moment-là, il ne cherchera plus à gagner cette histoire. Il aura enfin accepté qu’une histoire puisse être perdue sans que lui-même le soit. Même à 57 ans et même sans amoureuse.

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