Comment faire quand notre partenaire est dans le déni de nos vrais besoins et que l’on supporte cela pour rester ensemble, sans être complètement heureux ? Isabelle

 » Vous dites parfois qu’il ne faut pas attendre d’être compris par l’autre pour accéder à l’autonomie ; mais alors dans un couple comment faire quand l’un est dans le déni des vrais besoins de l’autre par exemple, et que l’on supporte cela pour rester ensemble, bien que l’on ne se sente pas complètement heureux ? Merci de votre réponse, Isabelle, 57 ans.

Réponse :Un être humain est devenu autonome quand il est capable de se comporter sur la base de ses propres choix (on parle aussi d’être adulte et responsable), plutôt qu’à travers les choix décrétés par son entourage. En accédant à son autonomie, il sait quelles sont les lois et les règles qu’il respecte et pourquoi il les respecte. En respectant ces règles, il est cohérent avec lui-même puisqu’il ne fait que respecter les règles auxquelles il a préalablement consenti. On voit donc que si nous sommes dans l’attente que l’autre nous donne la permission d’être autonome, nous restons… dépendants de lui !

En réalité, plus nous sommes dans la dépendance affective de cet autre, plus le problème se complique pour nous…C’est alors que votre question surgit : « comment faire quand l’un est dans le déni des vrais besoins de l’autre et que l’on supporte cela pour rester ensemble, bien que l’on ne se sente pas complètement heureux ? » D’abord il faut que nous nous mettions d’accord sur la définition du couple : Un couple est-il une association irrémédiablement aliénante dans laquelle chacun est appelé à faire des concessions à contrecœur ; ou bien une association épanouissante dans laquelle chacun a à cœur de respecter l’autre ?

Sortons des idées fumeuses et mortifères conditionnées par l’idéal amoureux et concédons que la réalité se trouve à mi chemin entre ces deux définitions, « ça dépend » me direz-vous… du couple et des moments de vie dans l’histoire de ce couple. Mais cela dépend plus précisément, en vérité, de la capacité pour chacune des deux personnes à être autonome, c’est-à-dire à savoir ce qu’elles veulent.

Plusieurs cas de figure se présentent à nous :

1) Si les deux personnes sont dans la dépendance affective l’une vis-à-vis de l’autre (ce qui est certainement le cas le plus courant), elles cherchent inconsciemment à obliger et à contraindre l’autre, chacune pour leur bénéfice personnel. Cela donne lieu à des reproches mutuels incessants et à des accusations mutuelles d’ingratitude : « Je ne comprends pas, avec tout ce que je fais pour toi, que tu te comportes encore de cette manière ! »La dépendance affective nous contraint aussi à l’injustice car même si l’autre s’ouvre (comme il le peut) à nos besoins, elle nous forcera vraisemblablement à l’interpréter comme n’en faisant pas assez.

2) Si l’une seulement est dans la dépendance affective. La personne qui est dans la dépendance affective est – par définition – l’éternelle insatisfaite, puisqu’elle ne pourra jamais être « rassasiée » par l’autre… elle aura une vision nécessairement subjective et partiale de la relation. Elle dira, par exemple, qu’elle ne se sent pas comprise par l’autre (donc pas heureuse), alors même qu’elle-même estime faire d’incessants efforts pour améliorer la relation. Elle aura peur de la différence d’appréciation ou de jugement qui lui apparaîtra toujours comme un obstacle ou au mieux comme un malentendu. Tant qu’elle sera dans la dépendance affective de l’autre, persuadée que s’entendre, c’est « être pareil », avoir les mêmes opinions, elle ne pourra pas comprendre que c’est la différence qui fait de nous des êtres à part entière, que c’est la diversité et l’infinie variété des formes, des êtres (et de leurs comportements), qui est le principe fondamental de la vie. Elle sera bien sûr mal à l’aise avec le conflit, qui ne pourra pas lui apparaître autrement que comme un empêchement et une détérioration de la relation.

3) Si les deux personnes sont autonomes… ce qui veut dire (souvenez-vous), qu’elles sont d’accord pour respecter les règles auxquelles elles ont préalablement consenti, alors tout sera plus aisé. Quelles sont ces règles ? Ce sont celles du respect de la différence. Une personne autonome se souvient que l’autre est différent. Mieux, elle sait et met en pratique que, comme le disait S. Prajñânpad, « aimer c’est comprendre et sentir que l’autre est différent. » Une personne autonome ne se sent pas liée à une autre par la peur, elle ne redoute (par exemple) a priori pas une remise en cause de la relation. Elle sait que la relation évolue au fur et à mesure que les personnes qui la constituent évoluent. Elle ne s’étonne pas (ou de moins en moins) que l’autre ne la comprenne parfois que bien peu… et ne s’en étonnant plus, elle se rapproche de l’autre…Les membres d’un couple autonome s’aiment donc davantage en ne conditionnant plus leur relation à leur dépendance affective. Ils savent qu’il est inhérent à notre condition humaine d’être déçu (parce que notre déception parle de notre attente), d’être en colère (parce que notre colère parle de notre besoin de justice), d’avoir peur (parce que notre peur parle de notre besoin de nous protéger du danger), ou d’être tristes (parce que notre tristesse parle de notre besoin de nous adapter à la perte). Ils ne se tracassent donc pas outre mesure de se sentir « malheureux » ou parfois « pas complètement heureux » comme vous dites, et c’est en n’en faisant pas un problème insurmontable, donc en s’autorisant à vivre pleinement ce qu’ils ont à vivre, que peu à peu… ils deviennent plus heureux. Ces personnes découvrent que, parce qu’elles se sont préalablement ouvertes à leurs propres besoins sans attendre que l’autre le fasse, il leur est possible de s’ouvrir davantage à l’autre, donc d’accéder à plus de bonheur et d’équilibre. (L’épouse peut par exemple s’acheter elle-même le bouquet de fleurs qu’elle ne reproche plus à son mari de ne pas penser à lui acheter). Elles découvrent par là même que leur bonheur est conditionné par leur capacité à s’aimer elles-mêmes.

Pour répondre encore plus précisément à votre question : Si vous aimez votre mari, vous acceptez qu’il ne soit pas aussi ouvert avec vous que vous pouvez le souhaiter et cela ne vous oblige pas à vous résoudre à le quitter. Tant que vous resterez subjective, c’est-à-dire enfermée dans votre point de vue à vous, vous ne pourrez pas être heureuse. Mais si – pas à pas – vous concédez que (comme le disait Yvan Amar) « l’autre est mon aventure », il est possible que la relation à votre mari participe activement à votre découverte du chemin de votre bonheur. La vie de couple a certes ses vicissitudes (ses alternances de moments heureux et moins heureux), mais c’est à travers leur acceptation donc leur dépassement que nous aurons accès au bonheur.

Deux personnes qui vivent ensemble depuis longtemps ont souvent développé des images de l’autre, sortes d’étiquettes qui les empêchent de voir l’autre comme il est, en devenir, capable de changer. Conscientes de cela, il est important qu’elles osent remettre en cause ces étiquettes qui sont à l’origine de bien des malentendus. Pour ce faire, elles peuvent décider de se parler en s’écoutant vraiment donc avec authenticité. Elles peuvent aussi (chacune à leur façon) se souvenir que (comme le dit Thomas d’Ansembourg) :

Dans la relation de couple il faut savoir ce que l’on veut : « Avoir raison, ou Etre heureux » !

Et vous, que choisissez-vous ?

psycho © Renaud P.

close
Agnès love coach

Inscrivez-vous à ma newsletter, et recevez mes conseils gratuitement !

Nous promettons de ne jamais vous envoyer de messages indésirables !

Laisser un commentaire