Est-il possible d’être incompatible sexuellement avec celui qu’on aime ?

Est-il possible d’être incompatible sexuellement avec celui qu’on aime ?

Sylvie : Je suis avec Pierre depuis 7 ans et avons 1 enfant. Très vite en début de relation, il a commencé à me dire qu’il était frustré sexuellement (pas assez souvent, rapports trop classiques, …) et, depuis, c’est un problème récurrent. Je subis beaucoup de reproches car il me considère froide, peu sexy, pas douée au lit… C’est vrai que je suis plutôt froide de nature et que je ne suis pas assoiffée de sexe. Une fois par semaine ou tous les 15 jours, c’est suffisant pour moi. De plus, ma vie professionnelle et les enfants occupent beaucoup de mon temps et mon esprit.
Je culpabilise car je le sens en attente (il ne vient plus vers moi) Alors c’est moi qui vais vers lui quand je sens « qu’il est temps pour lui ». Mais il a le sentiment que je me force…. Nous avons essayé le SM pour pimenter notre sexualité. J’ai tenté m’y intéresser, mais au final cela me semble absurde. Les sextoys, ça passe… J’ai pensé le quitter, mais je l’aime et je pense qu’il n’y a pas que le sexe dans la vie. Pourtant pour lui, c’est essentiel, ce que je conçois très bien. Est-il possible d’être juste incompatible sexuellement ? Je n’en peux plus de vivre comme la fille qui le bride et l’empêche d’être épanoui.
Comment faire pour me sentir désirable en continuant de ne pas me forcer à faire l’amour à son rythme soutenu ? Merci d’avance pour vos lumières...

Agnès Love Coach : Dans un couple qui dure depuis près de 7 ans, avoir un rapport par semaine vous place dans la bonne moyenne – et il n’y a là rien d’« anormal ». Mais si vous sentez que ce n’est pas votre propre rythme, même en vous efforçant « d’y aller » pour faire plaisir à votre ami, sur la durée, ça ne fonctionne pas car pour lui, c’est normal, tandis que de votre côté, vous usez votre désir. De plus, si vos rapports engendrent du déplaisir, si les rapports sado-maso où vous auriez ensemble des rôles de domination ou de soumission ne vous conviennent pas, cela ne risque pas de s’arranger. C’est le même problème quand un gourmet et un gourmand partagent un repas. Au bout d’un moment, l’un des deux risques de ne plus avoir faim à force de trop manger…

Un couple est un équilibre fragile qui se bâtit sur des attentes complémentaires. S’il y a trop de différences, que chacun ressent ses souhaits comme légitimes et a l’impression d’être incompris, la mésentente va se creuser. Il faut donc travailler sur les compromis possibles et savoir quelle est la force du lien qui construit votre couple. L’affectivité et le sexuel en sont les deux pôles. Il va falloir trouver ensemble un équilibre entre les deux. Que chacun apprenne à ne pas tout vouloir s’il veut sauvegarder ce lien qu’il juge précieux.Surtout, renoncez à l’idée qu’on peut « changer » l’autre pour qu’il soit à sa mesure, car c’est illusoire. Avancez en oubliant l’idée que tout doit venir de vous, car vous allez finir par lui en vouloir.

Agnès Love Coach

Lorsque la libido de chacun n’est pas la même

Philippe Brenot*, psychiatre, anthropologue et sexologue, a réalisé deux grandes enquêtes auprès des hommes puis des femmes, via des questionnaires anonymes distribués notamment dans sa salle d’attente et dans celles de ses confrères. « Les statistiques concernant la fréquence des rapports sexuels constituent selon moi la donnée la plus fausse de toutes les enquêtes en sexologie, conclut-il. D’abord parce que les sondés ont toujours tendance à une survalorisation de cet aspect de leur vie. Ensuite parce que l’on constate que les sondages semblent inciter les Français à s’inclure dans la moyenne nationale -située autour de deux rapports hebdomadaires- même si ce n’est pas leur cas. Leur discours ne coïncide d’ailleurs pas avec ce qu’ils disent en cabinet. » Un peu comme nous savons que l’âge moyen du premier rapport sexuel se situe à l’âge de 17 ans, nous considérerions donc la fréquence de nos rapports comme une norme applicable à tous. 

« Nous savons aujourd’hui, de façon scientifique et incontestable, que le besoin sexuel n’existe pas, affirme Philippe Brenot. C’est une idée complètement fausse. Un homme peut tout à fait être abstinent pendant plusieurs semaines, plusieurs mois, plusieurs années, sans qu’aucune anomalie, aucun dysfonctionnement érectile ne survienne. »  Cela ne balaie pas pour autant le concept même de frustration, mais celui-ci est d’un ordre différent. « La frustration que l’on peut ressentir lorsque nos désirs sexuels ne sont pas assouvis est psycho-affective. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la masturbation ne la comble pas. Elle peut l’apaiser, temporairement, mais ne viendra jamais remplacer un désir de donner et de recevoir de l’amour, de vivre un moment d’intimité intense avec son ou sa partenaire. » 

Philippe Brenot, psychiatre, anthropologue et sexologue

Avoir peu de désir sexuel est une souffrance

Je constate que les personnes qui me contactent sont les hommes ou femmes qui sont dans la position d’avoir le désir le moins prononcé dans leur couple. « C’est la problématique la plus fréquente. Les femmes me racontent qu’elles souffrent de se forcer à avoir des rapports non désirés parce qu’elles se sentent encore, d’une certaine façon, soumises à cette vieille et terrible idée du ‘devoir conjugal’. Elles se disent mises sous pression par leur partenaire, parfois mises en accusation d’une forme d’anormalité. Du côté des hommes, le fait d’avoir une libido moins forte que celle de leur partenaire peut provoquer un fort sentiment de honte. La plupart le vit comme une atteinte à ce que devrait être, dans leur esprit, leur masculinité.

Je n’ai pas toujours la tête au sexe

Yves, 35 ans, m’a avoué avoir vu le nombre de ses rapports sexuels diminuer depuis qu’il a monté son entreprise, il y a quelques mois. « C’est une responsabilité énorme, un investissement de tous les instants, de mon réveil jusqu’à ce que je me couche. Je veux me donner les moyens de réussir ce que j’entreprends et je n’ai pas toujours la tête au sexe. Marie, ma compagne, est aussi en pleine reconversion professionnelle. Elle non plus n’est pas forcément très demandeuse. Mais il est vrai que j’ai parfois peur que cette situation ne lui convienne pas autant qu’à moi. »  

Les hommes ne sont donc ni soumis à un besoin sexuel imposé par leur nature, ni à une libido linéaire. « On part souvent du principe, à tort, que les hommes fonctionnent en ‘on-off’, qu’ils sont toujours potentiellement prêts à avoir un rapport sexuel. Mais le fait qu’il existe une part hormonale plus grande chez l’homme (ils ont davantage de testostérone, hormone du désir sexuel notamment) ne signifie pas que leur désir sexuel est mécanique. Il est en réalité dépendant, comme chez la femme, de multiples facteurs qui peuvent le fragiliser : la fatigue, le stress, la dépression ou le faire fluctuer, négativement ou positivement en fonction d’un changement professionnel, de l’arrivée d’un enfant ou d’autres événements importants. »  

Souvent la baisse de désir du partenaire est interprétée comme une diminution de l’envie d’eux, plutôt que comme une diminution d’envie tout court. En réalité ils se sentent surtout remis en question dans ce qu’ils sont. Il se mettent alors à douter des sentiments de leurs conjoint(e).

Comment vivre une relation épanouie si nous ne nous entendons plus sexuellement ?

Communiquer

Une fois la difficulté à peu près cernée, il s’agit de réfléchir sur le « bon moment » pour aborder la discussion avec son partenaire. Mieux vaut évidemment choisir un instant de calme, d’intimité et de tendresse. Ce peut être avant de s’endormir, après avoir fait l’amour. Il faut sortir ses petites antennes afin de repérer l’occasion la plus opportune. Une fois ces deux conditions réunies – idées claires et bon moment repéré -, il faut trouver les mots justes. Parler au « je »
Première règle : commencer par verbaliser ce qui va bien dans l’intimité du couple, tendresse, complicité, désir… Il est primordial de partir d’un constat positif pour aller vers ce qui, pour soi, ne « fonctionne » pas.Deuxième règle : ne parler que de son ressenti personnel. Pas de critiques directes, pas d’accusations amères ! En usant de formules telles « J’ai l’impression », « Je ressens ceci », « Je me demande si », on ouvre la porte à un vrai échange et non à un règlement de comptes. Parler de soi amène l’autre à se livrer en douceur et en confiance.Troisième règle : ne pas livrer une solution « clés en main », mais avancer une proposition en sollicitant l’avis de son partenaire. « Quand penses-tu ? », « Comment vois-tu les choses ? »… Dans tous les cas, il s’agit de créer un partenariat, pas un réquisitoire.

Faire des compromis équilibrés

Rassurer celui ou celle qui essuie ses refus est la mission principale de celui qui a moins souvent envie que l’autre. À l’inverse, celui qui voudrait avoir des rapports sexuels plus fréquents se doit de respecter sa ou son partenaire, et ne jamais le forcer ou l’amener à se sacrifier pour assouvir ses propres désirs. Le pouvoir dire non, s’écouter, se respecter: tels sont les fondements d’une sexualité heureuse et épanouie. Se forcer ou forcer l’autre ne risque que d’aggraver la situation, en accentuant les blocages, en créant des traumatismes. Alors que se parler, réfléchir ensemble à des solutions envisageables, c’est essentiel. Attention pour autant à toujours « proposer » quitte à essuyer un refus. Restez vous-même ! Acceptez vos différences sans jugements, riez ensemble, conservez ou retrouvez une connexion amoureuse est la première des étapes.

Conclusion

N’oubliez jamais que le manque de désir n’est pas forcément synonyme d’une diminution ou d’absence du sentiment amoureux. Conservez ou retrouvez un climat de tendresse, de bienveillance, d’amour et de respect à la maison est l’étape indispensable avant de pouvoir équilibrer vos différences en matière de libido : la qualité du lien amoureux est indispensable pour des rapports sexuels harmonieux ! Sexe ou pas sexe, si vous ou votre partenaire ne se sent pas aimé votre bonheur amoureux est impossible ! Car votre bonheur amoureux ne se mesure pas à la quantité de sexe mais à la qualité de votre relation amoureuse au quotidien. Si vous ne travaillez pas tous les deux à maintenir ou à (re)trouver la connexion amoureuse joyeuse et respectueuse indispensable pour un couple qui dure, le fossé se creusera, les reproches pleuvront, l’infidélité ou la rupture risque d’être alors l’ultime et triste solution d’un des deux partenaires… Dommage non ?

Si vous vous sentez trop « différents » sexuellement, et que vous voulez faire un point avec une professionnelle du lien amoureux, parlons en ensemble !